historique

L’ombre d’un secret

L’ombre d’un secret de Virginie Saint-Martin est une très belle découverte, rencontrée lors du Salon du livre de Narbonne.

Ne me demandez pas combien de livres j’ai acheté ce week-end-là… Demandez-vous plutôt combien j’ai investi dans la culture de ma famille.

Ce fut un véritable coup de cœur, le genre de roman qu’on ne peut pas lâcher avant la dernière page.

En 1917, on suit Alphonsine, une jeune paysanne vive et au caractère bien trempé du haut de ses 10 ans, qui vit difficilement sa condition. Elle ne pense qu’à quitter sa Bretagne natale pour Paris où elle rêve de trouver un emploi de domestique. Son souhait se réalise grâce au curé du village, et en 1924 elle rejoint la capitale.

En parallèle, on découvre Johannes, fils unique d’une famille bourgeoise de Berlin, élevé dans le ressentiment de l’après-Première Guerre mondiale. Son père est engagé dans le parti d’extrême droite dirigé par Hitler, et Johannes grandit dans la colère, sans empathie, avec une vision du monde profondément marquée par la haine. Il est, dès le départ, un personnage que j’ai détesté. Sa mère fini d’ailleurs par quitter époux et fils.

À Paris, Alphonsine entre au service de la famille Chemtov, une riche famille juive dont le mari tient une librairie. Sarah, son épouse, est une femme libre, cultivée et profondément inspirante. Cette famille va jouer un rôle déterminant dans la vie d’Alphonsine, qui découvre un autre monde : elle apprend à lire, à s’habiller différemment, à s’exprimer avec plus d’aisance et à s’ouvrir à de nouvelles perspectives. Elle se lie également avec Julien, un fleuriste, et Zofia, une autre employée de la maison. Peu à peu, elle s’attache profondément aux Chemtov, qui la considèrent presque comme une fille plutôt que comme une simple domestique.

Mais la montée des tensions en Europe bouleverse tout. La Seconde Guerre mondiale éclate, Paris est occupé, et les privations et les rafles commencent. Johannes, devenu officier dans la Waffen-SS, croise plusieurs fois la route d’Alphonsine, et leur trajectoire finit par basculer dans l’horreur.

On tremble pour les Chemtov, on angoisse avec Alphonsine, et on assiste impuissant à la montée de la violence et des dénonciations. Jusqu’au jour où les Chemtov sont arrêtés, et où Alphonsine doit continuer à vivre sans eux et avec un terrible secret. Un secret que, pour une fois, nous connaissons en tant que lecteurs… et qui m’a donné envie de lui crier de tout dire, de se libérer de ce poids. J’avais presque l’impression de porter ce secret avec elle. Et quand la révélation arrive enfin… autant dire que j’ai poussé un sacré “ouf”. 😄

J’ai beaucoup aimé la double temporalité, même si, oui, le passé est beaucoup plus présent que le présent.

Un roman historique intense, émouvant et addictif, porté par des personnages attachants et une intrigue marquante autour de la guerre et des secrets de famille.

C’est le genre de roman qui vous marque. Celui qu’on referme sans parvenir à passer immédiatement à une autre lecture, tant il continue de résonner.

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