Trois lignes dans le journal est typiquement le genre de roman vers lequel je ne me serais jamais tournée spontanément en librairie. C’est grâce au contact de l’autrice, Lira Kiev, que j’ai découvert cette histoire, et je suis finalement ravie de m’être laissée tenter.
Ce qui m’a le plus marquée dans ce roman, c’est l’évolution de son personnage principal.
Au début du récit, Élise est une femme soixantenaire particulièrement difficile à apprécier. Obsédée par les apparences, persuadée de savoir ce qui est bon pour les autres, elle contrôle tout et tout le monde. Son mari François, ses filles Caroline et Justine, et même sa petite-fille Louise semblent devoir se conformer à l’image idéale qu’elle s’est construite de la famille parfaite.
Derrière cette façade, les relations familiales sont tendues et souvent marquées par une forme d’usure. Avec François, le dialogue est remplacé par des piques régulières et une certaine agressivité diffuse, reflet d’un couple qui fonctionne davantage par habitude que par véritable complicité. Élise ne l’appelle d’ailleurs même plus par son prénom lorsqu’elle lui parle, ce qui dit beaucoup de la distance installée entre eux.
Ses deux filles incarnent deux réactions très différentes face à cette mère exigeante. Caroline cherche constamment son approbation, au point de s’oublier elle-même et de se plier à ses attentes, tandis que Justine a pris ses distances pendant des années avant de revenir avec une parole beaucoup plus libre et directe, capable de mettre des mots sur les non-dits familiaux.
Même la petite Louise peine à trouver sa place dans cet univers rigide, où les règles et les attentes prennent parfois le pas sur la spontanéité et les émotions.
J’ai eu beaucoup de mal avec Élise dans cette première partie du roman. Elle est alors détestable, violente et profondément agressive dans sa manière de fonctionner avec ses proches. Son besoin de contrôle va jusqu’à des comportements particulièrement durs envers sa petite-fille Louise, qu’elle rabaisse et à laquelle elle n’hésite pas à donner des gifles lorsqu’elle n’entre pas dans son cadre. Son attitude rend certaines scènes véritablement difficiles à lire.
Puis survient un événement qui agit comme un véritable électrochoc. Élise se retrouve alors dans un état de sidération, totalement coupée de son entourage pendant un temps, avant de “revenir” brutalement. Ses certitudes vacillent. C’est à partir de cette rupture que s’enclenche une remise en question, l’obligeant à porter un regard différent sur sa vie, sur les personnes qui l’entourent et sur les conséquences de ses actes. le roman prend alors une autre dimension. Celle qui ne vivait que pour les apparences devient plus attentive aux autres, plus ouverte et plus humaine.
J’ai particulièrement apprécié la manière dont Lira Kiev construit cette transformation. Ce n’est pas une transformation douce ou progressive, mais une cassure nette dans son rapport aux autres.
L’écriture est fluide et agréable, ce qui rend la lecture très accessible. Les pages se tournent facilement et l’on suit avec intérêt le parcours de cette femme qui apprend, tardivement, à regarder les autres autrement.
Au final, j’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir fait une belle découverte. Une histoire qui montre qu’il n’est jamais trop tard pour remettre en question ses certitudes et tenter de réparer ce qui peut encore l’être.
Je tenais à remercier les éditions Beaudelaire pour l’envoi du roman et l’autrice pour son contact, ce qui m’a permis de découvrir cette lecture.
Cet article contient des liens affiliés Amazon. Si vous passez par ces liens pour acheter le livre, je touche une petite commission, sans aucun surcoût pour vous. Cela m’aide à continuer à partager mes lectures, merci pour votre soutien.
Bien entendu, si vous en avez la possibilité, je ne peux que vous encourager à privilégier vos librairies indépendantes.